CBD, chanvre, cannabis médical, cannabis récréatif : quatre objets distincts
Cannabis médical, cannabis récréatif, CBD, cannabinoïdes : ces termes sont souvent confondus dans le débat public. Ce premier article pose les distinctions fondamentales nécessaires à toute lecture rigoureuse du sujet.
Cannabis médical : une définition précise
Le terme “cannabis médical” désigne l’utilisation de préparations à base de Cannabis sativa à des fins thérapeutiques, sous contrôle médical, dans le cadre d’un système réglementaire défini. Il se distingue du cannabis récréatif par trois critères cumulatifs : une indication médicale documentée, une prescription par un professionnel de santé habilité, et une délivrance dans un cadre pharmaceutique contrôlé.
Cette distinction n’est pas sémantique : elle conditionne le cadre légal, les modalités de prescription, et surtout le niveau de preuve scientifique attendu pour justifier l’usage.
Les cannabinoïdes : THC et CBD au cœur du débat
La plante Cannabis sativa contient plus de 100 cannabinoïdes, dont deux concentrent l’essentiel de la recherche clinique :
Le delta-9-tétrahydrocannabinol (THC) est le principal composé psychoactif. Il agit sur les récepteurs CB1 du système endocannabinoïde, présents en forte densité dans le cerveau. En médecine, il est utilisé pour ses effets antinauséeux, analgésiques et orexigènes.
Le cannabidiol (CBD) n’est pas psychoactif. Il interagit avec le système endocannabinoïde par des mécanismes distincts du THC. Il est utilisé dans le traitement de certaines formes d’épilepsie résistante (Epidyolex, autorisé en France).
Médicaments à base de cannabinoïdes : ce qui est autorisé en France
En France, trois spécialités pharmaceutiques disposent d’une autorisation de mise sur le marché (AMM) ou d’un accès encadré :
- Epidyolex (cannabidiol) : indiqué dans les syndromes de Dravet et de Lennox-Gastaut, formes sévères d’épilepsie pédiatrique résistante aux traitements.
- Sativex (THC + CBD) : indiqué dans la spasticité due à la sclérose en plaques. Disponible en France depuis 2022 dans le cadre d’une ATU de cohorte.
- Marinol / dronabinol : THC synthétique, disponible en ATU nominative pour certaines indications (nausées chimio-induites, anorexie).
L’expérimentation française du cannabis médical
Depuis 2021, la France conduit une expérimentation nationale encadrée par l’ANSM. Elle concerne cinq indications : douleurs neuropathiques réfractaires, épilepsies résistantes, soins palliatifs, spasticité douloureuse de la SEP, nausées et vomissements chimio-induits. Elle vise à documenter l’usage sous conditions contrôlées.
Ce que Filigrane n’est pas
Ce site n’est ni un guide de consommation, ni une plaidoirie pour ou contre la légalisation du cannabis. Il documente ce que la science dit — avec ses certitudes, ses incertitudes et ses limites.
Sources
- (2023). ANSM — Expérimentation du cannabis médical : bilan et perspectives. Consulter →
- (2019). WHO — Critical Review of Cannabidiol. Consulter →